Le samedi 7 janvier 2017 restera une date marquante pour Manchester United. Non pas pour cette victoire sur Reading sur un score fleuve (4-0) mais plutôt pour l'aspect historique qu'a pu avoir la rencontre.

  

C'est lors de celle-ci que Wayne Rooney égalisa le record de buts de Bobby Charlton pour le club. 249 buts en 543 matchs soit plus d'un but tous les deux matchs, et 215 matchs d'avance sur la légende Charlton, un score plus qu'admirable. Certains diront certainement que ça ne vaut pas Messi ou Ronaldo au niveau du ratio et ils auront bien évidemment raison. Mais que ces personnes ne s'avisent pas de citer Didier Drogba ou Raúl Gonzalez, par exemple, car leur ratio à eux, des légendes dans leurs clubs, des références même pour certains au poste d'avant-centre est bien inférieur à un but tous les deux matchs et donc, a fortiori, inférieur à celui de l'Anglais.
Entendons-nous bien : Wayne Rooney n'a plus son niveau de l'époque, il n'a probablement plus le niveau pour être titulaire régulier à Manchester United (ce n'est que mon avis) ni en équipe d'Angleterre mais cela n'empêche pas qu'il soit bien agréable d'avoir vu évoluer ce joueur de son arrivée en 2004 à aujourd'hui, alors qu'il est un peu plus dans l'histoire.

Rooney est souvent critiqué, parfois par des fans du club ou même par des anciens fans de lui. Il faut dire qu'il n'a pas toujours été exemplaire et ce n'est rien de le dire. Nous n'allons pas juger ici ses mœurs qui ont pourtant fait beaucoup de bruit dans les médias lorsqu'il avait, comme Ryan Giggs, une autre légende du club, trompé sa femme. Pour Rooney, ce ne fut pas avec sa belle-sœur mais quand même, son épouse était enceinte ! Cette affaire-là est pourtant passée bien mieux auprès des fans qui souvent s'abstiennent de juger le comportement des joueurs lorsque cela ne remet pas en cause leur engagement au club. Non, pour Rooney, les affaires qui furent de trop sont ses vrais faux-départs, notamment à Manchester City, et son hygiène de vie douteuse maintes fois étalée dans les médias britanniques.
Il a également fait parler de lui dans un registre similaire à l'hygiène de vie lorsque dans son autobiographie My decade in the Premier League il s'était déclaré comme un joueur de rue avant tout, ayant beaucoup pratiqué étant jeune cette façon de jouer au football et continuant de le faire lorsqu'il retrouvait ses amis. Beaucoup s'étaient alors interrogés sur ses blessures qui auraient pu parfois arriver dans ces conditions-là : même si Rooney est professionnel, dans un match entre adultes un coup est vite arrivé. D'autant plus que de jouer sur le béton est fortement déconseillé pour les talons, les tendons et les genoux. Rooney nia sobrement et cela tomba peu à peu dans l'oubli.

Son hygiène de vie, elle, continue encore aujourd'hui de faire les choux gras de la presse. Il a récemment été filmé ivre avec la sélection anglaise. Qu'importe, on ne le changera pas. Il est plus proche de la fin de sa carrière que d'autre chose et n'en déplaise à ses détracteurs, malgré cette hygiène de vie, il est dans l'histoire. À la fin de la saison, Wayne Rooney sera ainsi le meilleur buteur de la sélection anglaise, le meilleur buteur de Manchester United (il va dépasser Charlton d'ici mai à n'en point douter), le meilleur buteur anglais en Ligue des champions et le deuxième meilleur buteur de l'histore de la Premier League. Il faut préciser également que Rooney a accompli tout ça en n'étant le meilleur buteur du club que sur 5 saisons. Cela est dû au fait qu'il n'était jamais ou presque l'attaquant principal, celui qui bénéficiait du travail des autres. Le travailleur c'était lui. Et il a su en faire profiter des profils divers et variés comme Ruud Van Nistelrooy, Cristiano Ronaldo, Dimitar Berbatov, « Chicharito » ou encore Robin van Persie. L'Anglais est en fait avant tout un joueur complet et collectif. Il joua attaquant de pointe, de soutien, meneur de jeu, milieu latéral et même milieu relayeur : une polyvalence extrêmement rare pour un avant-centre.

Une des choses les plus marquantes chez Wayne Rooney fut probablement son incroyable maturité. À 16 ans, il inscrivit son premier but en professionnel avec Everton face à Arsenal, avec la manière. À environ 25 mètres du but, après avoir contrôlé un long ballon de son milieu de terrain, il se mit face au jeu et, comme aucun adversaire ne se décida à le presser, il arma sa frappe. Transversale rentrante qui donnait la victoire aux Toffees, 2-1. Le commentateur de l'époque fut bien inspiré de dire alors "Brilliant goal, brilliant goal ! Remember the name, Wayne Rooney !" qu'on pourrait traduire par : "Quel but fabuleux, quel but fabuleux ! Souvenez-vous de ce nom, Wayne Rooney !".

À 18 ans, le jeune prodige quitta son club de cœur et un des joueurs qu'il idolâtrait, Duncan Ferguson (Rooney raconte cela dans son autobiographie) pour retrouver un autre Ferguson, manager celui-ci, du côté de Manchester United. Étant depuis toujours un réel fan d'Everton et ayant donc vécu dans la haine des Reds de Liverpool, aller à Manchester United ne rompait pas ses principes. Fort d'un Euro 2004 très convaincant pour un joueur de son âge, il devint rapidement une des coqueluches d'Old Trafford. Pour son premier but sous ses nouvelles couleurs, Rooney y mit encore une fois la manière.
Ce premier match officiel sous ses nouvelles couleurs se devait d'être à Old Trafford. Ferguson choisit alors de le titulariser en Ligue des Champions, face à Fenerbahçe. L'Anglais réalisa un triplé dont un somptueux coup-franc et fit étalage de sa palette technique. Il démontra aussi rapidement son tempérament fort et son abnégation, représentant ainsi parfaitement l'esprit de Manchester United et plus largement le "fighting spirit" britannique.

Sir Alex Ferguson tenait alors deux perles du même âge : Wayne Rooney et Cristiano Ronaldo. À cette époque, il n'était pas rare de penser que l'Anglais serait un des meilleurs de son sport, plus encore que le Portugais. Son surnom dans les travées d'Old Trafford ? "The white Pele", soit le Pelé blanc, tout simplement. Très tôt, Wazza comme le surnommaient ses coéquipiers avait tout compris du football et travailler auprès de joueurs comme Keane ou Scholes le rendit encore plus fort. Il savait renverser le jeu, il n'hésitait pas à jouer collectif, il remisait quand il fallait, savait frapper avec toutes les surfaces du pied et dribblait sobrement sans faire de grigris inutiles. Efficace on vous dit. Rooney ne cherchait jamais ou presque à faire la différence seule. Il avait cette maturité si jeune et elle contrastait grandement avec le jeune Cristiano qui recherchait avant tout à être la star. De même, cela contraste avec les jeunes du football d'aujourd'hui ou de l'époque, qu'ils soient à Manchester United ou ailleurs. Pour tous ces jeunes, on recommande de la patience, le temps qu'ils comprennent qu'ils ne peuvent pas tout faire tout seul. Wayne n'avait pas le temps pour la patience, Wayne était pressé. Il collectionna ainsi les titres de Meilleur espoir et s'installa comme un titulaire régulier en club comme en sélection.
Cristiano Ronaldo avait de son côté mis un peu plus son talent au profit du collectif et il commença à comprendre ce qu'il fallait faire pour gagner. Il prit une autre envergure qui laissait deviner la carrière qu'il aurait et le joueur qu'il serait. Ferguson commença à faire jouer l'équipe pour optimiser les qualités du jeune Portugais. Et qui mieux de Rooney, Scholes et Giggs pour servir un buteur complet ? Wazza ne se plaignait pas. Il jouait, l'équipe gagnait, c'était tout ce qu'il voulait. Être la tête d'affiche ne l'intéressait pas plus que cela, pas plus que le Ballon d'Or qui lui obsédait Cristiano. Avec la montée en puissance de ces deux jeunes talents, l'équipe de United gagna 3 championnats d'Angleterre et une Ligue des Champions. Ferguson avait forgé un groupe solidaire, en leur ayant fait confiance et avait ajouté des joueurs de cœur, qui jouaient avec leur hargne, un peu comme Rooney justement, avec l'arrivée de Vidic, Evra ou encore Carlos Tévez.
Cristiano brillait de milles feux, Rooney et l'équipe empilaient les titres, tout le monde était heureux. Lorsqu'à l'été 2009, le Portugais signa au Real Madrid, Ferguson n'avait pas de leader d'attaque assez solide pour mener toute la saison l'équipe comme a su le faire Ronaldo. Il se résolut alors à faire évoluer Rooney en pointe, en leader. Cette étape marqua un changement dans la carrière de Rooney et indirectement marquera une fracture avec les supporters.

En effet, comme l'a expliqué Ferguson dans une de ses biographies, et même Rooney dans la sienne, l'Ecossais s'entretint avec son prodige pour lui faire comprendre qu'il était temps de changer son jeu. Chose qui est très difficile à comprendre pour un joueur qui est en plein succès. Mais c'était pour le bien de l'équipe et cela permettait à l'Anglais de marquer plus de buts, ce qui est toujours important pour un attaquant. Il accepta alors de ne plus s' "éparpiller" sur le terrain et allant presser à chaque coin d'herbe ses adversaires. Il calma ses ardeurs et ses tacles parfois non retenus sur les défenseurs qui gardaient trop la balle. Il se concentra sur la surface de réparation. Le résultat fut sans appel : 34 buts et sans une blessure osseuse à un pied, il se pourrait qu'il y en ait eu encore plus. L'issue de la saison aurait également pu être bien différente pour le club qui ne glana que la League Cup cette saison-là.

Pour remédier à cela, Ferguson pensa alors qu'un joueur comme Rooney ne se trouvait pas facilement alors qu'un finisseur, ça, c'était bien plus courant. Il revint donc sur sa décision et voulut redonner à Rooney son rôle d'attaquant de soutien avec le volume de jeu que cela implique. Pour compenser, il acheta un Mexicain peu connu, Javier Hernandez dit Chicharito, pour être la doublure de Berbatov, plutôt inconstant, en pointe. Mais les choses avaient changé.
Rooney sentait bien qu'il était devenu la tête d'affiche de l'équipe, qu'il était indispensable et avec la saison remarquable qu'il venait de finir, il était très convoité. Ne voyant pas de grands noms le rejoindre à Old Trafford, il prit peur et pensa comme certains journalistes, que Ferguson s'empêtrait dans ses principes et que le club était en train de reculer. Il fit alors une de ses premières réelles erreurs : en demandant un nouveau contrat mirobolant et en menaçant de partir si le club n'accédait pas à ses demandes. Les pires rumeurs s'éparpillèrent dans la presse. Le rival Manchester City avec ses nouveaux propriétaires richissimes rêvait d'enrôler le footballeur anglais. Pour les fans, ce fut une trahison retentissante. On ne saura jamais ce qu'il s'est réellement dit entre Wayne Rooney et le manager écossais. En revanche, on sait que ce dernier, qui n'avait pas hésité à laisser partir Van Nistelrooy, Stam ou Beckham, a soit cédé soit su convaincre son protégé de rester. Et il a bien fait.

Cette saison-là, Rooney marqua le plus beau but de sa carrière lors du derby face aux Citizens à Old Trafford. Là, devant ses fans, Wazza reprit d'un retourné acrobatique un centre contré de Nani. Le ballon finit sa course en pleine lucarne sans que le gardien adverse ait même pu esquisser un geste. Tout le stade était ébahi. Rooney, euphorique, alla au coin de corner et célébra son chef-d’œuvre les bras en croix, le torse bombé, comme immaculé ou comme offert aux supporters, au choix. Toute la symbolique y était. Et Manchester United remporta le championnat tout en échouant en finale de la Ligue des Champions. Rooney était rassuré et presque pardonné.

La saison suivante, le club ne remporta pas de trophées et Rooney commença à montrer des faiblesses dans ses performances ce qui fit d'autant plus s'interroger sur son style de vie. C'est cette année-là que l'affaire sur son infidélité sortit dans les journaux. Ce fut doublement difficile pour l'Anglais.

La saison suivante, Ferguson avait sauté sur une occasion en or en recrutant Robin Van Persie pour 30 millions d'euros seulement. Le résultat ne se fit pas attendre et United retrouva les sommets, porté entre autres par la très bonne forme du Néerlandais. Les interrogations sur le niveau de Rooney étaient cependant de plus en plus omniprésentes, d'autant plus qu'il fut écarté du match de Ligue des Champions face au Real Madrid pour "raison tactique" selon Ferguson.
Les spéculations allaient bon train, d'autant plus que Ferguson prit sa retraite cette année-là et laissa l'affaire à son successeur David Moyes qui était, coïncidence, celui qui avait lancé Wayne Rooney en pro à Everton. Les deux hommes se connaissaient donc et mieux encore, s'estimaient. David Moyes n'avait pas une tâche facile en prenant la suite de "Fergie" et en plus de cela, il subissait la pression liée à l'affaire Rooney.
Les résultats ne furent pas particulièrement convaincants mais un des actes majeurs du remplaçant écossais fut la prolongation de l'icône du club. Il faut reconnaître que le cas a été plutôt bien géré par le nouveau manager même si les supporters, eux, se plaignaient de l'attitude de Rooney qui ne communiquait pas. Le flou s'installait et laissait naître les pires craintes.

Ce fut une rupture de plus avec certains fans. Comme on le sait, les années sous Louis Van Gaal ont permis à l'Anglais de se rapprocher un peu plus de la marque de Sir Bobby Charlton mais également de mettre en évidence la baisse de niveau de Wazza. Même les plus fanatiques le reconnaissent. Tout cela ne remit jamais en question la place de Rooney au sein du club évidemment. Son rôle dans le vestiaire est très important et avec l'âge il n'a pas perdu sa hargne et sa haine de la défaite.
C'est dans ces conditions que José Mourinho arriva à l'aube d'une nouvelle saison. Et même s'il fit au départ confiance à l'Anglais, il ne tarda pas à le laisser sur le banc à répétition... Pour finalement redonner espoir aux fans ! De manière assez surprenante, quand Rooney a joué ou lorsqu'il rentrait en jeu, il était plus mordant, plus volontaire, plus en jambes tout simplement. Est-ce dû à l'effet Mourinho et le banc ? Ou est-ce dû à la préparation physique infligée par le nouveau manager qui porterait ses fruits ? En tout cas, certains se prenaient à fantasmer sur un retour au sommet du capitaine. Soyons réalistes, cela ne sera pas le cas même s'il semble évident qu'il puisse apporter sa pierre à l'édifice.
En faisant tourner l'effectif lors du premier tour de FA Cup du club, Mourinho titularisa Rooney en soutien de son successeur attendu, Marcus Rashford. Cela fut une double réussite pour le Portugais. Le public était ravi, les joueurs aussi. Rooney marqua son 249ème but sous le maillot de Manchester United mais, cette fois, sans la manière : un but inscrit du genou, de manière un peu maladroite ou chanceuse, au choix. L'essentiel était ailleurs. Ce fameux record, il le tenait enfin. Au bout de sept petites minutes de jeu seulement, il rentra un peu plus dans l'histoire du club. Sept minutes durant lesquelles il avait paru mort de faim. Quand on vous disait qu'il n'avait pas le temps... Un homme pressé.

Il dépassera donc cette saison cette fameuse marque, peu importe quand. Il y a fort à parier que cela sera le cas. Et cette fois, il tâchera d'y mettre la manière. Ou peut-être pas. Peut-être qu'il voudra nous contrarier. À l'image de sa carrière où il nous a surpris, frustré, enthousiasmé ou même angoissé. Il n'est pas parfait, il a des vices et pas des moindres, c'est peut-être aussi pour cela que c'est un diable ce Rooney, un diable rouge, un vrai.

Peu importe également que vous en soyez fan ou pas, Rooney restera dans l'histoire. Vous en entendrez parler encore de longues années car son record n'est pas prêt de tomber. Certains se rappelleront du joueur qu'il a été plus jeune, d'autres du joueur qu'il aurait pu être avec un peu plus de sérieux, d'autres encore de ses déboires et d'autres enfin de tous les joueurs qu'ils ont pu connaître en lui, car il a été tout cela à la fois. Mais si une chose est certaine, c'est qu'effectivement, tous autant que nous sommes, nous nous souviendrons du nom : Wayne Rooney.