Manutd.com consacre une semaine au génie d'Eric Cantona à l'occasion de la sortie en Angleterre du film de Ken Loach Looking for Eric, dans lequel Cantona joue son propre rôle. Aujourd'hui, voyons comment Canto faisait le spectacle sur le terrain.


Chaque joueur du top niveau qui entre sur le terrain sait que le monde entier a les yeux posés sur lui. Mais très peu d'entre eux ont les tripes pour fixer dans les yeux en retour. Dos cambré, pectoraux en avant, Eric Cantona paradait littéralement autour du terrain, étalant son plumage sans honte. Regarder United jouer pendant les années 90 ce n'était pas juste un voyage pour voir du football, c'était surtout assister aux aventures hebdomadaires du bouillant Français.

Ses réactions exagérées (normal pour un Marseillais) avec les mains posées sur les hanches ou jetées dans tous les sens, n'étaient pas simplement adressées aux personnes dans son voisinage mais c'était un cadeau d'une star à son audience, une idée de l'humeur qui habitait le chef. Cantona avait la capacité de faire tout ce qu'il voulait avec le ballon, il pouvait jouer simple et ne se lassait pas d'offrir des passes parfaites à ses coéquipiers. Mais son besoin d'amuser, éclaboussé par son panache, sortait de la routine d'un simple bon joueur.

Canto n'a jamais perdu de vue que le football, c'était avant tout de l'amusement. D'où son mépris à peine caché pour tous ceux qu auraient pensé à tuer le jeu avec de la négativité ou des tactiques frileuses, comme le montre son commentaire de "porteur d'eau" à l'encontre du milieu récupérateur français Didier Deschamps. Cantona était sûr de lui et fier, c'était impossible à ignorer. C'était même une source de critiques des fans adverses qui ne pouvaient pas le voir, le décrivant comme imbu de lui-même, prétentieux et hautain.

Certes il avait une réputation sulfureuse de bad-boy dans le football français, réputation méritée à coups d'expulsions répétées et de sorties houleuses envers les autorités hexagonales (Henri Michel, sélectionneur national, traité de "sac à merde", ou encore son maillot jeté sur un arbitre...). Tout ça en faisait un joueur capable d'attirer à lui l'attention de toute la planète. D'ailleurs ce n'est pas surprenant de constater que Cantona avait été choisi par une des plus grandes marques du monde, Nike, comme fer de lance de plusieurs campagnes de pubs, même longtemps après sa retraite.

Rappelez vous de la plus signifiante d'entre elles : en 1996, une équipe réunissant les plus grandes stars de l'époque (Maldini, Ronaldo, Rui Costa, Figo, Kluivert, Davids...) doit affronter une horde de démons venus détruire le beau jeu à coups de plaquages, coups de coude et coups de tête (digne du Wimbledon de Vinnie Jones). Qui vient en fin de pub contrôler de la poitrine, relever son col et crucifier le diable après un "au revoir" bien senti ? Canto bien sûr, qui d'autre aurait pu ?

Avant celle-là, une autre pub Nike, peut-être sa meilleure (Canto maniait le second degré dans un vestiaire, imitant la scène mythique de Marlon Brando dans Apocalypse Now), avait accompagné la suspension de neuf mois de Cantona. Des affiches plaidaient "Il a payé pour ses crimes, maintenant c'est à leur tour de payer." A qui ? A Liverpool bien sûr. Suivi à la loupe pour son retour par des caméras fixées sur lui, il fallut seulement deux minutes à Canto pour offrir l'ouverture du score à Nicky Butt, avant qu'il n'ait le dernier mot en marquant sur pénalty. Non content de son but, Cantona alla célébrer son but d'une danse jubilatoire devant le Scoreboard End, donnant à la presse de quoi faire son lundi matin.

Jamais avant lui il n'y avait eu quelqu'un d'autant observé durant un match. Mais pour Canto, c'était juste une autre occasion pour briller sous les projecteurs. Une autre grosse occasion comme les deux finales de FA Cup qu'il a disputées, marquant trois buts. Il termina les saisons à titre 1993/94 et 1996/97 meilleur buteur, marquant un paquet de buts capitaux dans le lot. Plus il y avait de pression, mieux Cantona jouait. Certains pouvaient pointer l'inconstance du Français en Ligue des Champions (5 buts en 16 apparitions) mais le fait est que United n'a jamais abordé comme il fallait cette compétition européenne pendant l'époque Cantona.

Il y eut d'ailleurs une défaite qui fit sérieusement réfléchir Cantona dans sa décision de prendre sa retraite. En avril 1997, United joue une demie finale contre le Borussia Dortmund et se fait sèchement battre, 1-0 en Allemagne et 1-0 à Old Trafford au retour. Le mois suivant, une conférence de presse était tenue et son départ était annoncé, sans avertissement préalable (Cantona n'a pas non plus supporté d'être évincé de la Coupe du Monde 1998 par Aimé Jacquet qui ne pouvait pas le blairer, surtout depuis le kung-fu kick). Il n'y a donc pas eu de chant du cygne ni de relégation au fond de la scène, simplement un dernier éclat plein d'emphase, un coup de sang comme on y était habitué. Comme pour tout homme de spectacle quoi. Il n'est pas étonnant de voir que Cantona ne s'est pas (encore) reconverti dans le football, mais dans le cinéma, c'était une suite logique.

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