C'est quoi, ce bordel avec notre équipe féminine ?

Academy & équipe féminine

La saison écoulée a été la meilleure pour notre équipe féminine sur le plan sportif, mais les événements de ces deux derniers mois peuvent légitimement soulever une certaine inquiétude pour la suite.

Lorsque le club avait annoncé, en mai 2018, la création de son équipe féminine, le message avait été clair : cette équipe sera construite pour faire de grandes choses.

La nouvelle équipe féminine (...) aura la même philosophie que toutes les équipes de Manchester United. (...) C'est un défi que nous sommes prêts à relever. Nous allons faire tous les efforts nécessaires pour apporter notre soutien et notre expérience à la nouvelle équipe féminine afin qu'elle connaisse le succès et qu'elle perpétue les belles traditions de notre grand club.

La nomination de Casey Stoney, une figure du football féminin britannique, semblait aller dans ce sens. Joueuse couronnée de succès, 130 sélections, douze trophées majeurs, des expériences à Arsenal, Chelsea, Liverpool, un diplôme d'entraîneur en poche et un rôle dans le staff des Three Lionnesses, on ne pouvait pas faire mieux. Et Stoney elle-même avait de grandes ambitions.

Mon objectif ultime est de faire grandir cette équipe jusqu'à ce que toutes les jeunes filles rêvent de jouer pour Manchester United, parce que cette équipe sera devenue la plus prospère dans le monde du football féminin.

 C'était il y a trois ans.

Un peu plus près des étoiles

Première saison en Championship, une première place pour accéder à la FA Women's Super League : ce qui devait être une formalité l'a été. L'année suivante devait être celle de la confirmation, et elle l'a été, avec une belle quatrième place en championnat. Insuffisant pour accrocher la Ligue des Champions, et très loin du trio de tête City - Chelsea - Arsenal, mais avec malgré tout des promesses pour la suite.

Gardons en mémoire que ce n'était que la première saison des femmes au plus haut niveau, et qu'elle a été particulière pour tout le monde en raison de l'épidémie de COVID-19 (elle n'a d'ailleurs pas été à son terme).

En 2020-2021, nous pouvons clairement nourrir des regrets. Une quatrième place à nouveau, mais beaucoup plus près des étoiles : elles échouent pour un petit point à la qualification en Ligue des Champions et ne terminent qu'à dix points du leader (contre dix-sept la saison passée... après seulement deux tiers de la saison).

L'été dernier, United a surtout visé juste au niveau des arrivées. Des joueuses très prometteuses pour les prochaines années, comme Ona Batlle, Ivana Fuso, Alessia Russo. Les championnes du monde américaines Tobin Heath et Christen Press. Et d'autres encore. Dans le même temps, très peu de départs de joueuses relativement importantes, Lotta Okvist et Lizzie Arnot simplement.

Siobhan Chamberlain, qui a passé le plus clair de la saison en congé maternité et à vaquer à d'autres occupations, Aimee Palmer et Mollie Green, prêtées, Aurora Mikalsen, une seule apparition sur toute la saison, les ont suivies : un dégraissage intelligent. Une dynamique qui a permis de resserrer l'écart avec le haut du tableau et qui pouvait laisser envisager de belles choses pour la suite.

Stoney, première alerte

Ce n'est pas aussi simple et beau qu'il n'y paraît au premier abord.

Le 13 mai 2021, quatre jours après la fin de la saison en championnat (mais alors que la campagne en FA Cup n'est pas terminée), Casey Stoney annonce son départ du club, effectif au terme de la saison en cours.

Elle avait indiqué plus tôt que rater la qualification en Ligue des Champions serait pour elle "un échec personnel". Cependant, d'autres éléments semblaient indiquer des tensions entre l'encadrement de l'équipe féminine et le board du club, notamment en rapport avec la faible qualité des équipements à disposition de l'équipe.

Entre les terrains d'entraînement inadaptés et qui pourraient être à l'origine de blessures de joueuses, les joueuses qui devaient s'adapter aux horaires de l'équipe première pour leurs propres entraînements, l'impossibilité de prendre une douche entre les entraînements et les repas, des toilettes situées à dix minutes des terrains et une salle de musculation dans une tente, on ne peut pas vraiment dire que "tous les efforts nécessaires pour apporter notre soutien et notre expérience à la nouvelle équipe féminine" aient été faits.

Le projet s'effrite

Toute personne parmi nos lecteurs qui a déjà travaillé dans un environnement professionnel inadapté a sans doute expérimenté la démotivation, la frustration, les problèmes physiques liés à cette situation, quelle que soit sa profession. On ne peut donc que comprendre, même si on les regrette, les décisions de notre manager et de nos joueuses de quitter le navire.

Car ces dernières semaines, cela a été la fuite.

Deux joueuses parmi les plus capées de notre groupe et qui ont fait partie de l'effectif original, Amy Turner (67 matchs joués avec Manchester United Women) et Jess Sigsworth (66 matchs) sont parties. Jane Ross, arrivée en 2019 et régulièrement utilisée (34 matchs), aussi. Les championnes du monde Christen Press et Tobin Heath ont fait leurs bagages sans même encore avoir un point de chute. Cela fait déjà cinq joueuses majeures, contre deux l'été précédent, et nous ne sommes que mi-juillet.

Lauren James, deuxième meilleure buteuse de l'histoire de notre équipe, est courtisée ardemment par Chelsea, qui est passée très peu du quadruplé la saison dernière en échouant en finale de la Ligue des Champions contre Barcelone. Un projet sans aucun doute alléchant pour n'importe quelle joueuse de son niveau.

Et surtout... deux mois après que son départ ait été annoncé, Casey Stoney n'a toujours pas de remplaçante. The Athletic rapporte même que certaines joueuses ont pris contact directement avec la Professional Footballers' Association pour demander de l'aide, se sentant complètement abandonnées par le board à tous les niveaux : encadrement, infrastructures, etc.

Stop aux paroles, place aux actes

Lors du Fans' Forum de juin, Joel Glazer s'est exprimé sur l'équipe féminine suite aux questions de ses interlocuteurs.

Nous sommes déterminés à avoir une équipe féminine qui suit les valeurs de notre club, qui grandit, et dont nous pouvons tous être fiers.

Pour le moment, nous sommes très loin du compte. Et alors que l'investissement des Glazer dans le club est régulièrement pointé du doigt (dans l'entretien et la modernisation d'Old Trafford par exemple), alors qu'ils ont distribué plus de 12 millions d'euros de dividendes aux actionnaires cette année (dont 9 dans leurs propres poches), on ne peut se satisfaire d'avoir une équipe féminine professionnelle qui se change dans des conteneurs sur le parking de leur terrain d'entraînement, comme s'ils étaient une équipe de district.

Embaucher un manager compétent ou une manager compétente.

Investir dans les infrastructures de l'équipe féminine (Leigh Sports Village, Carrington).

Recruter de nouvelles joueuses pour remplacer celles parties, pour un nouveau challenge ou pour oublier celui qu'elles viennent de quitter.

Et arriver à retenir celles qui sont parties.

Le défi qui se dresse devant le board cet été n'est pas mince... mais en ont-ils seulement conscience ?

Nous parlions précédemment de la concurrence. Chelsea a eu son équipe féminine en 2004, comme l'Olympique Lyonnais, club le plus titré en Europe. Pour City, c'était en 1988, comme le Barça, vainqueur de la C1 cette année. Pour Arsenal, en 1987. Évidemment, la route sera sans doute longue avant d'atteindre ce niveau de succès.

Mais comme pour l'équipe première, comme pour l'Academy, Manchester United ne devrait pas se contenter de la médiocrité. Nous sommes aujourd'hui une institution qui doit viser l'excellence à tous les étages et dans tous les départements, et qui en a les moyens.

Tout notre soutien va à nos joueuses dans cette période.

Crédit photo : Kevin Warburton


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Source(s) : Manchester Devils, United In Focus, The Athletic